Reprise de la course à pied

Cela fait quatre mois que je remarche mais cela fait six mois que je n’avais pas couru. Ma kiné m’a autorisé à courir depuis plusieurs semaines mais je ne me sentais pas encore suffisamment fort et souple sur ma jambe gauche. Six mois après la ligne d’arrivée du marathon de Barcelone, je n’avais aucune idée des sensations que j’allais retrouver en reprenant la course à pied.

Depuis mon opération, j’ai l’impression de revivre ma petite enfance. D’abord avec deux béquilles, j’ai commencé à me déplacer à quatre pattes. Puis, à peine plus précoce qu’un bébé, c’est à trois mois et quelques jours que j’ai pu marcher sur mes deux jambes. Il a fallu tout réapprendre. Déjà pour monter une marche, quelques séances de kiné et surtout deux séances d’électrodes ont été nécessaires. J’ai appris à tendre la jambe devant moi genoux verrouillé, à poser d’abord le talon, puis mettre le pied à plat pour enfin pousser avec mes orteils. Le plus dur dans cette affaire est d’avoir l’air naturel, s’appliquer mais ne pas sur-jouer.

Par contre, j’ai pu vérifier qu’en effet, le vélo, ça ne s’oublie pas. Bien plus facile que la marche, encore maintenant, le vélo ne pose aucun problème. Le jour même où l’on m’a autorisé à poser ma jambe, j’ai décroché un Vélib’. Les deux premières semaines, j’utilisais le vélo et une béquille. Après deux mois, je n’ai eu aucun problème pour pédaler sur les pistes des Châteaux de la Loire.

Aujourd’hui, je marche presque comme si de rien n’était et les gens qui ne savent pas que je me suis fracturé la jambe ne le remarquent pas. Se déplacer à quatre pattes, validé. Faire du vélo, validé. Marcher, validé. C’est parti pour la prochaine étape et non des moindres, courir. Pas d’objectif, pour ce premier footing. En grand sentimental que je suis, pendant toute la convalescence, je n’ai jamais quitté mes runnings de route. Cette fois cependant, lorsque je les lace, c’est différent. C’est un mélange d’excitation et d’appréhension. Excitation car enfin je peux retrouver mon loisir préféré, disons même ma passion. Appréhension car il y a six mois je me connaissais parfaitement en tant que coureur et qu’aujourd’hui, je n'en ai absolument aucune idée. Je savais ce dont j’étais capable. Je savais à quelle vitesse courir pour ne jamais m’arrêter. Je connaissais mes points faibles, les douleurs qui apparaissent au fil des kilomètres et comment les prévenir. Aujourd’hui, je vais faire un aller-retour en suivant la promenade plantée dans le 12e arrondissement mais je ne sais rien. Je n’ai aucune idée ni de ma vitesse, ni de mon rythme cardiaque, ni de mes douleurs.

Pour ce premier footing, je me jette dans le vide avec en tête deux objectifs : savourer mon plaisir et être attentif aux signaux que m’enverra mon corps. Un, deux, trois partez ! Ma jambe gauche est toujours faible mais je trouve un certain équilibre. A petite foulée, ça ne fait pas la différence mais je sens bien que je ne peux pas l’allonger. Ce sont comme de grosses courbatures que je ressens dans les jambes. Je n’ai pas de douleurs précisément localisées mais ça me tire un peu partout de la cheville à la cuisse gauche, sur le tibia et le genou. La jambe droite n’est pas en reste. Je pensais qu’elle avait été favorisée et renforcée en étant mon seul point d’appui pendant trois mois mais pas du tout. Plus aucun muscle n’est habitué à cet effort, ni à gauche, ni à droite.

 

On ne peut pas dire que j’aie mal en courant, ce sont simplement des sensations. Beaucoup de sensations tout d’un coup et pour être honnête, des sensations pas vraiment agréables. Malgré tout, sans aucune douleur significative, je parcours d’une traite trois kilomètres en 20 minutes. 9 km/h, je ne pensais pas aller beaucoup plus vite. Par contre, je ne pensais pas autant transpirer. Mon cardio m’a même indiqué jusqu’à 170 battements par minute. Ce n’est pas simplement de la récupération musculaire qui m’attend, il va falloir retrouver la caisse. J’ai hâte !