« Levez vous et marchez ! »

C ‘était ma deuxième consultation depuis l’opération. C’était il y a 3 mois. Même heure, même endroit. Peut-être pour me rassurer, dans la salle d’attente je m’assoie sur le même fauteuil. Après un peu d’attente et une dose de rayons X, on me remet ma radio, la deuxième du genre. On y voit ma jambe gauche, de la cheville jusqu’au genou.

Le moins que l’on puisse dire c’est que j’étais impatient. Pas une seconde se passe avant que j’ouvre l’enveloppe et soulève l’image devant les néons au-dessus de moi. Je scrute aussi précisément que possible mais ça ne fait pas doute : l'aile de papillon est toujours aussi déployée qu'il y a deux mois.

L'aile de papillon, c'est le nom poétique que le chirurgien utilisait pour désigner l'un des trois morceaux de mon tibia. Ce n'est ni celui qui monte jusqu'au genoux, ni celui qui descend à la cheville. C'est le troisième morceau en biseau qui flotte entre les deux autres. Il est long d'une quinzaine de centimètres et son extrémité basse arrive juste au-dessus de ma cheville. Bref, l'espace entre l'aile de papillon et le reste de mon os fracturé me parait toujours aussi considérable. Il y a deux mois l'interne qui m'a reçu voulait me rassurer en disant que ça pouvait être bien pire mais rien n'y fait.

De toute façon, je suis venu à ce deuxième rendez-vous post-opératoire avec un mauvais présentiment. C'était surement un mécanisme de défense car lors du premier, j'étais dans l'état d'esprit inverse. En effet pour ma première visite j'avais opté pour la méthode Coué. C'était six semaines après l'opération et à force de glace et de laisser ma jambe surelevée, elle avait repris une allure normale. Je me sentais bien. Pas de douleurs particulière quand je posais mon pied et j'avais même fait quelques micro-pas sans mes béquilles. Au final, le verdique avait été rude : "la soudure n'a pas encore commencée, vous ne devez pas encore appuyer votre pied parterre."

Lors de ce deuxième rendez-vous, les sensations de ma jambe étaient les mêmes. Alors pas de raison d'espèrer que cette fois la soudure soit entamée, me disais-je. Quand j'ai vu la radio, je n'étais donc qu'à moitié surpris. Mes sensations sont les mêmes. La radio est la même. Tout ça est très cohérent.

Encore un peu d'attente avant que quelqu'un regarde ma radio. Lors du premier rendez-vous c'était un interne, cette fois c'est une interne. Apparemment, pour le suivi de ses patients, l'hopital préfère la diversité des avis plutôt que la continuité. Expédié en 5 minutes, la première fois, celui-ci ne semble pas parti pour durer beaucoup plus longtemp.

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-Bonjour
-Bonjour
-Donnez moi votre radio

– Ok. Levez vous et marchez !
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